Le MMA vu par le journal Le Monde

CNMMA France

Voici une interview réalisé par le journal Le Monde en trois parties.

Le MMA au dojo, en France, ça donne quoi ? (1/3)

Réputé violent, notamment à cause des premiers UFC, le MMA traîne une mauvaise image. Dans le club de Bertrand Amoussou au Lagardère Paris Racing,
les entraînements sont aussi bien encadrés que dans n’importe quelle autre discipline. Un détail saute aux yeux : les combattants sont toujours plus nombreux à affluer dans la salle

Cours MMA Largardere
Une cinquantaine d’adeptes du MMA s’entraînent chaque soir au Lagardère Paris Racing.

Rien à faire. Je me voyais déjà entrer dans l’arène, un peu frêle devant des golgoths bodybuildés qui se démontent à coups de bourre-pifs avant même d’être montés sur le tatami. Dans ma tête, les images de Fight club défilaient : nez rabibochés, oreilles en feuille de chou, visages burinés… rançon d’affrontements sanglants sur fond de musique électrique. J’avais même imaginé la réplique s’il prenait à l’un d’eux l’envie pressante de m’arranger le portrait: « Euh, non, il y a erreur, je suis journaliste. »Mais non, ils sont tous là, T-shirts licra et shorts siglés de dessins aussi esthétiques qu’énigmatiques, sagement assis dans les fauteuils en cuir du dojo du Lagardère Paris Racing, rue Eblé. Dernière tentative, je m’entête à fixer un grand costaud qui me renvoie en retour… un sourire. Même les judokas, qui quittent le tatami un à un, n’ont pas l’air traumatisés par les adeptes du MMA, ce sport tant décrié en France. Pour la bagarre, on repassera. Dommage, ça m’aurait fait une bonne accroche pour mon papier. Lire l’article complet …

Il est 20 h 30, ce lundi d’octobre. Ils sont une cinquantaine, alignés pour le salut. Grands, petits, frêles, baraqués, taillés comme un fil de fer… toutes les morphologies sont réunies dans ce cours d’adultes confirmés. Comme tous les soirs, c’est Bertrand Amoussou, figure incontournable du MMA en France, qui mène le cours. Si l’atmosphère est détendue, le professeur reste néanmoins très attentif.« Au début, quand les mecs montent pour leur premier cours, certains pensent qu’on va être là pour se battre. Je calme tout de suite le jeu. Mon objectif, c’est que les gens restent en bonne santé et qu’ils se fassent plaisir. Si on casse son adversaire, on ne peut plus rien faire. Nous travaillons donc avec mesure. Ici, on est là pour progresser, ça ne se passe pas autrement. » Et pour cause, il n’y a qu’à sonder le regard de ce gaillard pour s’apercevoir qu’il ne rigole pas. A 46 ans, l’homme en paraît dix de moins et mène son cours d’une main de maître. Il faut dire que le palmarès de Bertrand Amoussou a de quoi imposer le respect. D’ailleurs, c’est pour lui que les pratiquants affluent de toute la banlieue parisienne. Certains judokas prestigieux à l’instar de Morgane Ribout (Championne du monde en 2009) ou Lucie Decosse (triple championne du monde), ont assisté à certains de ses cours.

Bertrand Amoussou, vainqueur du Pride en 2004, dirige son cours avec fermeté.

Le MMA, Bertrand Amoussou en a entendu parler pour la première fois au Brésil en 1994, lors des championnats du monde de ju-jitsu qu’il a remportés. « Pendant dix ans, j’ai été en équipe de France de judo. J’ai pratiqué le ju jitsu parce que je voulais être un combattant complet. Avec le recul maintenant, je me rends compte que le ju jitsu était un prolongement du judo, tout au plus un petit complément. Et ça ne correspondait pas à ce que je recherchais. » La vraie complétude, le combattant l’a trouvée dans le MMA. En dix ans, M. Amoussou devient un combattant aguerri et en 2004, il parvient à remporter le Pride au Japon, la compétition la plus prestigieuse à l’époque. « Je resterai à jamais le seul Français à avoir gagné le Pride, rigole Bertrand Amoussou. Depuis, la compétition a été rachetée par l’UFC. »

En 2008, le champion a créé la Commission nationale de MMA (CNMMA) avec l’objectif, à terme, d’obtenir la reconnaissance de sa discipline qui a mauvaise presse et qui reste à ce jour non autorisée en dehors de l’entraînement sur le territoire français (« Ce n’est pas interdit, mais si on organise un tournoi, les autorités nous opposent un trouble à l’ordre public », précise M. Amoussou). « Le judo, le Karaté, la boxe thaïlandaise ou encore la lutte sont autorisés en France. J’ai du mal à comprendre pourquoi il y a un tel dénigrement du MMA alors que ça n’est qu’un mix de toutes ces disciplines », explique Bertrand Amoussou.  

sol MMA
Au MMA, l’importance du sol est capitale.

Ce soir, le professeur apprend à ses élèves une nouvelle liaison debout-sol. Objectif : esquiver un ramassement de jambes pour prendre le contrôle du partenaire. Pour ce dernier, l’objectif sera de sortir de cette position à quatre pattes délicate où il ne peut se défendre pour revenir sur le dos, face à son adversaire. « Nous travaillons essentiellement au sol au MMA, explique Bertrand Amoussou. Souvent, les gens qui ne comprennent pas le MMA disent que c’est inacceptable de frapper un homme à terre. Pourtant, l’impact des coups est bien moins fort que debout et les solutions sont plus nombreuses. Ça permet les étranglements, les clés de bras, de coudes ou de jambes. »

Choqués par les premiers Ultimate Fighting Championships (UFC) ultraviolents au début des années 1990, les hommes politiques sont très vite partis en croisade contre les combats libres. Jean-François Lamour, ministre des sports de 2002 à 2007, considérait que ce type de pratique n’avait pas « sa place en France ». Dès sa nomination en novembre 2010, la ministre des sports Chantal Jouanno a opposé un non catégorique à la légalisation du MMA en France. « On ne va pas légaliser les combats de chiens ou de coqs. C’est la même logique », affirmait-elle au magazineKaraté Bushido en décembre 2010.

« C’est vrai que les premiers combats étaient violents, reconnaît Bertrand Amoussou, mais ça remonte à des années. C’est l’histoire de mon sport et je ne la renie pas. Mais depuis, les choses ont changé. A l’époque, on voyait des combattants de différentes disciplines s’affronter. Un judoka contre un boxeur, par exemple. Forcément, les combats étaient disproportionnés. Maintenant, ceux qui combattent sont de vrais professionnels et sont préparés à monter sur un ring ou dans une cage. Ils savent tous se défendre et ont considérablement progressé au sol. »

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Bertrand Amoussou défend le projet d’un « MMA éducatif ».

Dernièrement, en septembre, Jean-Luc Rougé, le président de la Fédération française de judo (FFJDA) a violemment critiqué le MMA sur l’Equipe TV, le qualifiant, entre autres de sport « non citoyen »« C’est terrible d’entendre de tels propos, se désole Bertrand Amoussou. Je connais bien Jean-Luc pour avoir été en équipe de France de judo et j’ai évoqué à plusieurs reprises le sujet. Je l’ai même invité à venir voir les cours, mais il n’est jamais venu. Un jour, on s’est retrouvé à un dîner. J’ai tenté de le convaincre une nouvelle fois, mais il ne voulait rien entendre. Pour lui, rien n’existe à part le judo. »

Avec la Commission nationale de MMA, Bertrand Amoussou tente de faire évoluer sa discipline tant bien que mal. Un monitorat a même été mis en place pour former des professeurs. Ils sont à ce jour une quarantaine à l’avoir obtenu, délivré par la CNMMA. Etienne Blétio est un de ceux-là. « Je ne vois pas l’aspect violent du MMA quand je regarde un match. Ce qui me fascine, c’est l’aspect technique. C’est ça et les valeurs de respect que l’on retrouve dans tous les autres sports de combat que je veux transmettre. » Pour rendre plus lisible la progression, des mitaines de couleurs ont été mises en place. De la mitaine blanche jusqu’au prestigieux gant noir.

Aujourd’hui Bertrand Amoussou s’inquiète du manque d’encadrement, alors que paradoxalement, les pratiquants sont toujours plus nombreux à s’inscrire. « On peut continuer à fermer les yeux longtemps comme cela, explique Bertrand Amoussou.Le fait est qu’il y a de plus en plus de licenciés chaque année, que des clubs, sous couvert de faire du ju jitsu, pratiquent le MMA. Reconnaître notre discipline peut éviter bien des dérives car il est de notre responsabilité d’avoir des professeurs formés pour que les pratiquants puissent venir aux cours dans de bonnes conditions. »

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